Les Google Glass ont passé quelques temps dans nos locaux. Très
attendue, la monture connectée de Google pourrait bien lancer pour de
bon l'ère de l'informatique « à porter ». Avec un exemplaire
préliminaire destiné aux développeurs, et un écosystème forcément
limité, on peut tout de même livrer nos premières impressions sur cet
appareil mobile d'un genre nouveau !
Google Glass, c'est quoi ?
Avant de rentrer dans le détail de l'expérience, il convient de rappeler
ce qu'est, et surtout ce que n'est pas Google Glass. À commencer par ce
qui peut paraître le plus évident : il ne s'agit pas exactement d'une
paire de lunettes, même s'il est possible d'y greffer des verres.
La monture de Glass est asymétrique : toute la partie technologique se
trouve dans la branche droite : les composants, la batterie, la caméra
et surtout l'écran, ou plutôt le prisme qui renvoie, via un miroir sans
tain, l'interface dans le champ de vision de l'utilisateur.
Cet « écran » projette une image qui équivaut à peu près à un écran de
63,5 cm de diagonale, visionné à une distance de 2,44m. La définition de
l'affichage est de 640x360 pixels, ce qui n'est pas spécialement élevé,
mais largement suffisant en pratique, et pas si éloigné de ce que l'on
avait sur un smartphone il y a encore pas si longtemps que ça.
D'ailleurs à l'intérieur de la branche droite, on trouve des composants
qui n'auraient pas à rougir face à n'importe quel smartphone à peu près
bien équipé : processeur double cœur Cortex A9 à 1 GHz, 1 Go de mémoire
vive, 16 Go de stockage interne, et un appareil photo / vidéo de 5
mégapixels capable de capturer des vidéos en 720p. Le tout s'intègre
dans un espace finalement très peu volumineux, et surtout léger : 36
grammes. Autant dire qu'on ne les sent pas particulièrement.

La surface de la branche droite a également un autre usage des plus
importants : elle fait office de surface tactile, permettant de naviguer
dans les menus. L'autre moyen d'interaction est évidemment la voix :
Google Glass inclut un micro qui permet d'envoyer des commandes et
d'effectuer des recherches. Le son passe par un système de conduction
osseuse qui permet, en principe, de limiter les nuisances pour
l'entourage : les vibrations sont perçues par l'utilisateur, peu autour
de lui. Enfin, un bouton au sommet de la branche permet de capturer des
photos (appui simple) ou des vidéos (appui prolongé).
Google Glass se connecte au smartphone en Bluetooth ou Wi-fi, mais
dispose également de son propre circuit Wi-fi que l'on peut utiliser de
manière autonome. Évidemment, l'usage smartphone sera le plus
intéressant. La branche intègre un port Micro USB pour la recharge et la
connexion.
OK Glass : le 1er contact
Evoquer l'expérience de Google Glass est assez compliqué, dans la mesure
où c'est vraiment un appareil mobile complètement inédit. Inédit donc
nécessitant un certain temps d'adaptation, ne serait-ce que pour ajuster
Glass à ses yeux. Les premiers contacts sont assez difficiles : placer
la monture de manière à ce que l'on puisse voir l'affichage dans son
intégralité, sans pour autant avoir le prisme dans son champ de vision
n'est pas chose aisée. On ne voit rien, on ajuste, l'écran s'éteint, on
ne sait pas comment le rallumer…
Mais on finit par trouver le réglage adéquat. Un affichage vient se
superposer dans un coin de votre champ de vision. Très déroutant au
premier abord ! L'interface est heureusement sobre et peu intrusive. Ne
vous attendez pas à avoir le Jarvis d'Iron Man sur votre rétine :
l'interface consiste en une série d'écrans que l'on fait défiler au
moyen de la surface tactile, et mettant l'accent sur des polices sobres,
dans la lignée des interfaces déployées par Google ces derniers temps
(Google Now, Play Store…)

Que fait-on exactement avec Google Glass ? Pour l'instant… Pas
grand-chose, du moins pas facilement. Les applications sont encore assez
limitées : navigation GPS, consultation des mails, client Twitter
intégré, capture photo/vidéo, ou encore appel et même Google Hangout. La
difficulté lors de notre premier contact réside dans l'absence totale
de géolocalisation à l'heure où nous écrivons ces lignes. Google Glass
ne comprenait que l'anglais, et visiblement plutôt l'anglais américain,
et évidemment, la recherche d'adresses à Lyon est assez problématique.
Évidemment, il est impensable que ce soit encore le cas lorsque Google
Glass sortira dans le commerce.

Néanmoins, le guidage GPS est, avec la capture vidéo, l'usage le plus
évident et le plus parlant quant au potentiel de Glass. Disposer d'une
carte bénéficiant d'une boussole dans son champ de vision s'avère
évidemment plus pratique que baisser les yeux sur l'écran de son
smartphone dans le cas d'un trajet à pied. Le guidage vocal fonctionne
plutôt bien, même s'il faudrait le tester dans un environnement plus
bruyant. Mais dans des conditions plutôt calme, le système à conduction
osseuse intégré à la branche, qui permet de véhiculer le son, fait le
job.
La capture photo et vidéo est également des plus intuitives, avec là
encore le sentiment assez libérateur de se débarrasser d'un filtre entre
l'intention de capturer ce que l'on voit et l'action en tant que telle,
qui nécessite forcément l'utilisation d'un appareil. Les usages
différeront de la démarche traditionnelle de prendre une photo avec tout
ce que ça implique au niveau cadrage, composition etc. Là, on est dans
l'instant, et c'est justement ce qui pourrait faire la différence, en
supprimant le délai nécessaire à la prise en main du smartphone ou de
l'appareil photo : pour capturer des souvenirs instantanément, Glass
pourrait bien faire un malheur, notamment sur les réseaux sociaux.
Les autres applications sont plus « classiques » : on peut effectuer des
recherches, y compris des questions en langage naturel, passer par
Google Glass pour appeler un contact, ou encore dicter des messages.
Effectuer ces actions via un écran apporte forcément un côté novateur,
mais pour l'instant, on reste dans des applications très rudimentaires.
Le potentiel est là, notamment pour la possibilité de passer des appels
vidéo en mode « vous voyez ce que je vois », mais on devra attendre un
écosystème plus fourni pour l'exploiter réellement.
Google Glass : les limites ?
Avant
d'évoquer les éventuelles réserves que nous avons pu ressentir, une
précision importante : Google Glass n'est pas un produit fini, et il
devrait encore évoluer assez nettement d'ici sa sortie commerciale. En
outre, il est assez difficile de le comparer à quoi que ce soit d'autre
qu'on ait pu utiliser jusqu'ici, et l'écosystème étant inexistant, se
projeter dans l'avenir est assez périlleux.
Quels pourraient être les problèmes rencontrés lors de l'usage de Google
Glass ? Tout d'abord, certainement, le fait de devoir porter une
monture : tout le monde n'y est pas habitué, même s'il est tout de même
relativement probable que l'on porte au moins des lunettes de soleil de
temps en temps (certes assez peu ces jours-ci…). Dans l'état actuel des
choses, on a trouvé l'exemplaire que nous avons pu tester plutôt
confortable, en tous cas pas trop lourd. Deux problèmes tout de même :
le temps d'adaptation nécessaire, qui peut s'avérer gênant lors des
premières utilisations, et la chauffe de la branche contenant les
composants, qui est loin d'être négligeable.
Pour ceux qui portent des lunettes, justement, l'exemplaire existant
n'est clairement pas fait pour être porté par dessus. Néanmoins, il est
trop tôt pour évoquer cette problématique, qui fait partie des
préoccupations de Google, qui compte notamment travailler en
collaboration avec les opticiens.
Reste
évidemment les questions liées au respect de la vie privée et aux
comportements. L'usage de Google Glass en public va forcément poser
problème, et raviver des inquiétudes apparues à l'arrivée des premiers
téléphones dotés d'un appareil photo, ou des premiers smartphones qui
avaient forcément tendance à détourner l'attention.
Avec Glass, de nouvelles questions se posent : est-il en train de me
filmer ? Ecoute-t-elle vraiment ce que je dis ? Et ne parlons pas des
environnements sensibles et de tous les problèmes de confidentialité qui
pourraient en découler.
On peut nuancer ces craintes : dans l'état actuel des choses, un
utilisateur de Google Glass ne passe pas inaperçu. Déjà, parce qu'il a
un prisme lumineux au-dessus de l'œil droit, et surtout parce qu'il est
très facile de s'apercevoir quand un utilisateur se concentre sur cet
affichage.
Néanmoins, il est important de soulever ces questions dès maintenant. Le
but de Google, ou de tout fabricant désireux de se lancer dans le
« wearable computing »,
sera forcément de se rendre le plus discret possible : un utilisateur
de Google Glass en 2024 pourrait ne plus ressembler à un cyborg.
Enfin, même s'il ne s'agit pas d'un modèle définitif, l'autonomie sera
un point à améliorer. Elle varie selon l'utilisation, mais un usage un
tant soit peu intensif peut faire tomber la batterie en 4 heures.
Premières impressions
Que
penser au final, de cette première utilisation de Google Glass ?
Difficile à dire : on est en présence d'un périphérique mobile qui
pourrait connaître un grand succès, mais il faut encore une grosse dose
d'imagination pour parvenir à se représenter ce que sera son écosystème,
ses usages au quotidien... et son acceptation.
En revanche, on est plutôt séduit par l'exemplaire que l'on a eu entre
les mains, et surtout par son degré de maturité, pour un produit d'un
genre nouveau, qui ne devrait pas être commercialisé avant de longs
mois. L'utilisation nécessite un temps d'adaptation, le design n'est
sans doute pas parfait, mais l'exécution, pour un premier jet, est
plutôt prometteuse, tant au niveau de la finition du produit que de
l'efficacité du dispositif d'affichage.
Il est encore trop tôt pour juger du succès potentiel de Google Glass,
et il sera peut-être même encore trop tôt lorsque les premiers
exemplaires finaux seront commercialisés, mais le concept est
indéniablement fascinant, et la proposition d'évolution de la mobilité
que porte Google Glass sera des plus intéressantes à suivre !